Montpellier : Visite insolite de la Maison pour Tous Frédéric Chopin pour Halloween

On est parti d’une histoire réelle, celle de Sarah Winchester, épouse d’un célèbre armurier - les carabines Winchester ont fait beaucoup de morts pendant la guerre. Elle est devenue folle après des deuils. Elle s’est enfermée dans une maison qu’elle a fait agrandir sans cesse. Pour la soirée d’Halloween, on a remodelé cette histoire pour une création qui s’adaptait à la Maison pour Tous Frédéric Chopin avec l’idée d’enfermement et de mort. 

Sidonie Morin – Compagnie La Sphère Oblik


Ce mardi 31 octobre, la Compagnie La Sphère Oblik a proposé une visite insolite de la Maison pour Tous Frédéric Chopin qui est installée dans une maison bourgeoise du XIXe siècle. Le dispositif immersif d’une vingtaine de minutes racontait une névrose proche de celle développée par Sarah Winchester (1839-1922). Ce personnage fascine encore (films, livres…). Frappée par les deuils de sa fille et de son mari, cette héritière d’une fortune colossale due aux carabines Winchester qui ont causé de nombreux morts pendant la Guerre de Sécession (1861-1865) était hantée par le poids de la culpabilité. Sur plusieurs décennies, elle a fait agrandir avec frénésie et souvent sans logique une immense maison près de San Francisco, afin d’accueillir des « disparus ». La Compagnie La Sphère Oblik s’est librement inspirée de cette histoire et l’a transposée au quartier des Abattoirs, ancien nom de l’actuel quartier des Beaux-Arts de Montpellier.


Affres et obsessions de Sarah Chesterwin 

Pour cette création éphémère, Sarah Winchester devient Sarah Chesterwin, une habitante montpelliéraine. Elle vit dans une maison face aux abattoirs dont l’odeur du sang envahit les pièces de la demeure. En cette veille de la Toussaint, son psychiatre nous ouvre la porte pour une visite de pièces choisies. Il présente les pathologies de Sarah Chesterwin qui souffre d’une névrose obsessionnelle en lien avec des deuils familiaux. On le suit dans une chambre d’enfant, de nombreux poupons sont là, il y a des pleurs. Des morceaux d’une poupée jonchent le sol. Le récit du psychiatre se centre sur le basculement dans la maladie mentale. La visite continue à l’étage, La marche funèbre de Chopin est jouée par un pianiste invité par la Maison de quartier. L’atmosphère est étrange avec des bizarreries dans le décor : cadres sans portraits, une queue de cheval… De la chambre de Sarah dont on entend de nouveau des pleurs, le psychiatre continue à expliquer ses pathologies morbides. Il invite le public à contempler le parc qu’elle peut voir de sa fenêtre. Une autre pièce rend compte de rituels avec des animaux empaillés devant le portrait d’une petite fille. Le public termine la visite à la cave. Par la descente des marches, une attente s’instaure. Des enfants s’interrogent et s’inquiètent : vont-ils voir un fantôme ? Sarah, en tenue de deuil, se tient près de son enfant allongé dans un petit lit métallique - il s’agit d’un « cadavre » aux longs cheveux bruns. La lumière s’éteint, la visite touche à sa fin. Pendant le parcours, on remarque les cheminées imposantes, un radiateur 1900 et le beau carrelage d’origine de la maison. Avant de sortir, le psychiatre met en garde une dernière fois les enfants car ils pourraient croiser… des rats dans le parc – le quartier des Abattoirs était infesté par les rats.


Une création éphémère de La Sphère Oblik

Le déroulé de l’histoire de Sarah Chesterwin se prête au lieu qui redevient l’instant d’une soirée une maison de famille, avec des pièces décorées et meublées pour l’occasion. En 1984, l’élégante maison a accueilli l’École des Beaux-Arts et en 2001, une Maison de quartier. Cette maison de maître a été édifiée au début du XIXe siècle. Dans les années 60, la « Villa Letellier » appartenait à un marchand d’engrais. La demeure est étroitement liée au quartier des Beaux-Arts dont elle a contribué à renouveler l’image. C’est au début des années 80 que la municipalité de Georges Frêche a décidé de la suppression des abattoirs et des grands immeubles bleus de la Sonacotra. Avec l’installation de l’École des Beaux-Arts, le quartier a aussi changé de nom et il semble s’être rapproché du centre-ville par le Corum tout proche. Du côté de l’avenue de Nîmes, des marches mènent à son parc arboré, aujourd’hui jardin public ; l’orangerie accueille des ateliers de poterie ou de sculpture. Par cette création éphémère in situ, les comédiens-plasticiens ont rendu un hommage original à cette maison en mettant en valeur sa dimension patrimoniale. Sidonie Morin et Johan Schipper sont deux plasticiens scénographes installés à Montpellier, ils ont fondé La Sphère Oblik, une compagnie de théâtre d’objets. Ils parviennent par leur univers plastique assez développé à faire revivre cette ancienne maison de famille dont les pièces sont désormais des bureaux ou des salles. La particularité de cette compagnie est de se baser sur des objets anciens, des costumes ; ces « signes sociaux » révèlent et définissent des personnages à partir d’un travail sur l’imaginaire.


Cette expérience a donné le goût à la création éphémère aux deux comédiens-plasticiens : « Ce spectacle n’a existé qu’un soir. On était en position de fragilité parce que la représentation n’était proposée qu’une fois. C’était hyper riche. » Les comédiens ont su jouer sur les chimères, une atmosphère dramatique, les angoisses d’un personnage enfermé dans sa folie. Pour cet événement, certaines pièces de la maison sont redevenues des chambres avec du mobilier, un décor... L'installation-représentation a été conçue à la demande de Thomas Roudet, directeur de la Maison pour Tous Frédéric Chopin. Il souhaitait une soirée en rupture avec la traditionnelle fête d’Halloween et une valorisation patrimoniale du lieu. Cette initiative a été couronnée de succès avec plus de cent-vingt personnes inscrites aux différentes visites.

Fatma Alilate

Affres et obsessions de Sarah Chesterwin par la Compagnie La Sphère Oblik

Maison pour Tous Frédéric Chopin

1 rue du Marché aux Bestiaux – Montpellier


www.lasphereoblik.com

Facebook : @La Sphère Oblik

Maison pour tous Frédéric Chopin


Pour approfondir – livre sur l’historique du quartier des Beaux-Arts de Montpellier : Des abattoirs aux Beaux-Arts – Histoire et mémoire d’un faubourg de Marie-Christine Gaignard ; Association de quartier Beaux-Arts Pierre Rouge.