Montpellier : Une Symphonie Lyrique à l’Opéra Berlioz !

 

« … une façon de voyage en Orient qui va même jusqu’à l’Extrême-Orient. Le passage en sol est un chant nubien que j’ai entendu chanter par des bateliers sur le Nil. »

Camille Saint-Saëns (1835-1921), description du second mouvement du Concerto L’Égyptien 


Le concert Symphonie Lyrique du nom du titre de l’œuvre d’Alexander Zemlinsky (1871-1942), représentée en deuxième partie de la soirée du samedi 23 juillet 2016 à l’Opéra Berlioz de Montpellier, était un hommage à ce compositeur qui ne connut pas la reconnaissance de ses contemporains, contrairement à Camille Saint-Saëns (1835-1921) dont le Concerto L’Égyptien a été joué en première partie. L’Orchestre National de France, sous la direction du chef d’orchestre brésilien John Neschling, a accompagné le pianiste Bertrand Chamayou, et puis Malin Hartelius (soprano) et Christian Immler (baryton).


L’Orchestre National de France

« La nature est belle partout mais les fleurs sont encore plus belles dans les prairies de l’Orchestre National. », confiait Kurt Masur (1927-2015). Fondé en 1934, l’ensemble musical a été le premier orchestre symphonique permanent créé en France ; ses musiciens obtinrent le statut de salariés. La mission première était de produire des concerts sur les ondes : la formation musicale jouait plusieurs fois par semaine en studio. Sur la scène de l’Opéra Berlioz, l’orchestre a interprété deux œuvres, elle a commencé par un concerto de Saint-Saëns avec Bertrand Chamayou, Victoire de la Musique classique 2016 comme Soliste Instrumental. Le célèbre compositeur s’est inscrit dans le courant orientaliste, il a écrit L’Égyptien (1896), en partie à Louqsor, après la Suite Algérienne (1880) ; c’est à Alger où il séjournait régulièrement qu’il s’est éteint. Il vint aussi dans le Département, il fut très attaché à Béziers et participa à la création du Théâtre des Arènes1.


Saint-Saëns et la Bayreuth française

C’est dans cette sous-préfecture de province qui proposa jusqu'à quarante-quatre lieux dédiés aux spectacles1 (cafés-concerts, théâtres, music-hall…) qu’eut lieu cette formidable aventure des Arènes avec des œuvres grandioses dédiées à l'art lyrique qui ont attiré foule et ministres. En 1896, les Arènes de Béziers sont en construction, Fernand Castelbon de Beauxhostes (1859-1934), mécène soucieux de l’éducation populaire et passionné par l'art lyrique, participe financièrement afin que l'édifice soit mené à terme. Il convainc Saint-Saëns de composer une œuvre pour le Théâtre des Arènes, ce sera la première œuvre représentée ; jusqu’en 1926, la deuxième semaine du mois d’août sera consacrée à des concerts en plein air. Le compositeur, très novateur, imagine un nouveau type de spectacle, la « tragédie lyrique », avec des passages parlés par des artistes de l'Odéon, des passages en mélodrame (paroles sur la musique), des chœurs, des passages chantés et des ballets. Avant Hollywood, Déjanire (1898) est un « péplum » joué avec des décors plus vrais que nature dans les Arènes de Béziers. Une seconde musique de scène, Parysatis, est créée en 1902.


Alexander Zemlinsky, la renaissance d’un compositeur oublié

En seconde partie du concert, la Symphonie Lyrique a permis à l’ensemble des musiciens de l’Orchestre National de France et aux artistes lyriques d’exprimer leur talent. L’auteur de l’œuvre est Alexander Zemlinsky ; Arnold Schoenberg (1874-1951), son élève et beau-frère qui constatait son absence de succès, restait confiant : « En fin de compte, rien ne presse : Zemlinsky peut attendre… » Le compositeur, après avoir été ignoré, connaît actuellement une renaissance. L’Opéra Berlioz a mis en lumière l’une de ses créations sous la direction de John Neschling, petit-neveu de Schoenberg. La Symphonie Lyrique est une mise en musique de poèmes de Rabindranath Tagore ; la passion amoureuse a exalté la soprano suédoise Malin Hartelius : « … je sais que mon collier fut écrasé sous les roues de son char, laissant une tache rouge sur la poussière ; personne n’a su que c’était mon présent ni de qui il était offert. »


De nouveau, un beau concert a couronné la soirée du Festival Radio France et Montpellier Occitanie. Le pianiste Bertrand Chamayou a joué de façon jubilatoire et la Symphonie Lyrique de Zemlinsky a été particulièrement réussie. L’émotion de John Neschling, le chef d’orchestre, était palpable. Sous les ovations, il s’est immédiatement dirigé vers le premier violon et puis vers la soprano et le baryton. Il a aussi rendu un hommage appuyé à tous les musiciens de l’Orchestre National de France.

Jusqu’au mardi 26 juillet 2016, le Festival vous propose des concerts et des rencontres pour un Voyage en Orient : festivalradiofrancemontpellier.com

Fatma Alilate

Notes : 1. Alex Bèges, musicologue de formation, étudie le sujet depuis plus de trente ans, c'est à lui et à Janine Bèges que l'on doit Mémoire d'un Théâtre, ouvrage de référence réédité en 2015, sur le Grand Théâtre à l'italienne de Béziers. Pour approfondir : Un siècle de spectacles, de divertissements et de plaisirs à Béziers 1860-1960, Alex Bèges et Jacqueline Pech - Société Archéologique Scientifique et Littéraire de Béziers (2012).


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