Montpellier : Safari, une expo voyage en Afrique


« Les ruraux sont en interface avec une faune sauvage magnifique, mais l’expansion démographique amène à des conflits avec cette faune. »

Alain Angé


Alain Angé raconte l’Afrique. Cet ingénieur agronome, en activité depuis quarante ans, a sillonné le continent afin d’aider les populations rurales. Témoin privilégié, il a fait de nombreuses rencontres qui ont marqué son imaginaire : animaux de la faune sauvage, hommes, femmes... Il a été fasciné par les couleurs extraordinaires des oiseaux. Par le dessin et la peinture, il a souhaité faire part de ses inquiétudes face à un monde rural qui connaît de profondes mutations. Les conséquences de ces changements sont désastreuses, notamment sur la biodiversité. Au cours de ces dernières décennies, des espèces animales ont été éradiquées, et ce phénomène s’accélère.


Un regard sur l'Afrique

Le décor réalisé à la Maison de l’Agglomération Montpellier-Mosson, par l’épouse d’Alain Angé, permet une promenade africaine. Sur des panneaux recouverts de tissus sont disposés des bijoux ou des masques, parmi des objets artisanaux. Les tissus servent également de toile à l’accrochage des tableaux, et des livres prêtés par une médiathèque font écho aux œuvres exposées : grandes pages colorées d'habitants au bord d’un fleuve, illustration d’un oiseau. La lecture de quelques lignes reflète le thème de l’exposition : « Le chasseur damné ou la malédiction du gibier… »

C’est dans cette mise en scène que le visiteur est accueilli par des oiseaux au plumage coloré et à l’œil vif. Alain Angé s’appuie sur la technique de la peinture sur verre dont l’origine est indienne. Il a d’ailleurs vécu en Inde et au Pakistan et a gardé en mémoire les « miniatures », ces petits tableaux colorés intégrés dans des meubles.

Alain Angé a souhaité par la couleur de ses cadres, conçus en Afrique par des artisans, rappeler la provenance de la peinture sur verre. Ainsi, les cadres en bois rouge ou brun évoquent l’Inde, et le bleu, la Perse.

Ces cadres comportent aussi de jolies incrustations en métal dont les symboliques sont des hommages aux peuples de l’Afrique. Les formes rondes ou en croissants de lune sur du bois traditionnel révèlent le Ghana. Lorsqu’il s’agit de motifs linéaires, et géométriques, nous sommes dans le désert du Sahara. Les symboles géométriques à angles droits représentent le Nord Mali ou le Nord Niger.

Pour ses créations, l’ingénieur-artiste a développé ses propres techniques : la peinture est d’abord gravée et puis réinjectée. Le résultat est étonnant, les oiseaux ont de la brillance, un œil captivant. Remarquons un effet japonisant qui plaît beaucoup aux enfants. Alain Angé réalise aussi des dessins à la plume, il utilise des encres de couleur, des fusains ou de la mine de plomb.

Dans cette exposition, les animaux de la savane occupent une place majeure. Il y a aussi des portraits de ruraux : Awa, le pêcheur du Sénégal, Marry de la Sierra Léone, un chef de village du Burkina Faso et puis Debbie en turban, du Nigéria.



L’expérience en partage

Les différents sujets d’Alain Angé ont été rencontrés à travers toute l’Afrique : Botswana, Zimbabwe, Nambie, Mozambique, Kenya, Afrique du Sud, Sénégal… L’ingénieur-artiste a un regard humaniste. Il a été très touché par l’extrême gentillesse, les facilités de relation, l’humour et surtout la générosité des ruraux pourtant très pauvres.

Par ses œuvres, Alain Angé a souhaité rendre compte de la réalité des situations. En tant qu’acteur de la coopération française, il a pu observer les transformations du monde rural. Ces grands bouleversements modifient les modes de vie et provoquent des changements sociaux (tenues vestimentaires, relations sociales…). Il est très inquiet de la disparition d’espèces animales : « Les ruraux sont en interface avec une faune sauvage magnifique, mais l’expansion démographique amène à des conflits avec cette faune.L’Afrique de l’Ouest a beaucoup perdu, de grands animaux ont été éradiqués. Les grands parcs ne suffisent pas à la protection des espèces animales. Malheureusement, les prédateurs font des dégâts considérables sur tout le continent.En vingt ans, les mammifères ont été divisés par deux. »

Le braconnage est un fléau qui fragilise l’écosystème, et Alain Angé a choisi de témoigner sur la vulnérabilité des animaux : « A notre approche, les animaux s’étonnent, ils sont inquiets, très vifs, jamais agressifs. »



La culture à La Paillade-Mosson

Cette exposition aux moyens très modestes à La Paillade/Mosson a été organisée à l’initiative d’un agent de la Maison de l’Agglo : « Ce que je voudrais, c’est apporter la culture ici. » Pari réussi. Au vernissage, une centaine de personnes s’est déplacée. Alain Angé a présenté ses œuvres, la peinture sur verre… Dans une ambiance conviviale, il a été très heureux des réactions du public, de l’intérêt des enfants car ce qui le passionne c’est l’échange.

Pour la première fois, les œuvres d’Alain Angé sont exposées en France, elles l'ont déjà été en Afrique. Il parvient à insuffler du mouvement, même les baobabs décharnés sont fascinants. Il emmène dans les paysages de l’Afrique où l’on côtoie les visages des ruraux, expressifs et chaleureux ; les animaux sont des seigneurs majestueux qu'il faut préserver.

Dommage que la durée de l’exposition soit si courte, car il aurait été intéressant de nouer des partenariats avec les établissements scolaires pour des visites en petits groupes.

Si l’exposition Safarid’Alain Angé nous invite au voyage, elle apporte aussi des éléments de réflexion pour une prise de conscience des menaces qui pèsent sur la faune sauvage.

Fatma Alilate



Safari d’Alain Angé

Maison de l’Agglomération de Montpellier-Mosson

13 Place Mimi Azaïs - Montpellier

Tél. : 04 67 04 33 05

Station ligne 1 : Saint-Paul

Ouverture du lundi au vendredi, de 9h à 12h et de 13h30 à 17h30

Entrée libre

Jusqu’au 14 novembre 2014