Rencontre avec Rémi Gaillard

L’homme arrive décontracté sur la place de la Comédie. A peine assis à la terrasse du café, on lui paie une consommation : c’est un admirateur assis quelques mètres plus loin qui l’a reconnu, lui fait un signe amical. Il faut dire que ce monsieur n’est pas n’importe qui quoi qu’il revendique haut et fort de faire « n’importe quoi » : il s’agit de Rémi Gaillard, l’insaisissable gai luron d’Internet, dont les vidéos circulent sur la toile et s’échangent comme des petits pains. Son site, baptisé « n’importequi.com », affiche des records de vues. Son mur Facebook est assailli de messages. Pourtant, Rémi veut garder les pieds sur terre. Rencontre avec un homme qui ne veut pas devenir quelqu’un à ses dépens…

Vous êtes devenu un des porte-drapeaux de notre chère ville de Montpellier. Pourtant, vous restez silencieux sur votre vie. Qui est Rémi Gaillard ?
A vrai dire, les raisons de ce silence sont simples : je fais tout pour rester n’importe qui. Je ne fais rien pour être célèbre. Je porte les couleurs de ma ville, je soutiens mon équipe de football parce que je suis un montpelliérain. Point barre. L’aspect « culotté » que l’on m’attribue, ce n’est pas quelque chose que je cultive. Je veux rester vrai. Je ne veux pas que ma philosophie de vie se transforme en «  c’est en faisant quelque chose que l’on devient quelqu’un ». On m’a récemment proposé de faire un film. Mais je ne suis pas comédien. Et je ne me considère pas non plus comme un humoriste. Le visuel est un langage universel. C’est pour cela que mes vidéos marchent aussi bien en France qu’à l’étranger.

Vous êtes très occupé en ce moment. On est loin du rythme tranquille réputé dans le Sud. Paris serait-il en train de vous attirer malgré vous ?
Paris, non ! Je n’y vais pas plus de quatre fois par an. Et seulement deux ou trois jours maximum. J’aime trop Montpellier pour la quitter. D’ailleurs, c’est à cause de ça essentiellement que je refuse des interviews : au début, c’était moi qui me déplaçais à Paris. Maintenant, ce sont les médias et les marques qui viennent à moi. Je commence à peine à vivre de mes vidéos. Mais, je ne suis pas prêt à vendre mon âme.  Pour les 50 ans de caméras cachées, j’étais le seul à ne pas être venu parler de mes vidéos. Tout simplement parce que l’on m’imposait des choses qui ne me ressemblaient pas et que je n’avais rien à dire.

Quand avez-vous commencé à prendre la mesure de votre succès ?
Étrangement, c’est quand ma vie personnelle a commencé à prendre du plomb dans l’aile que ma vie professionnelle a décollé. Il y a trois ans, lorsque ma copine m’a quitté, j’ai tout misé sur le travail et ça a payé. Le premier coup d’éclat, c’était dans les rues de Paris. Maintenant, je fais une ou deux vidéos par an.

Comment faites-vous pour toujours vous en sortir ?
Je cours, tout simplement. Quand on ne voit pas me faire frapper, c’est généralement que j’ai dit au caméraman de partir pour conserver les images. Mais il y a des images où l’on me voit en difficulté : 3 minutes en kangourou, je peux vous assurer que c’est long !

Il paraît que votre aventure est née d’un simple défi…
En regardant une émission « comique » à la télé avec des copains. Ça ne nous faisait pas du tout rire. On s’est dit que l’on pouvait faire mieux.  Alors, on s’est mis à l’ouvrage. On a commencé avec un ami, qui pouvait se libérer le lundi. On arpentait les rues à la recherche de situations incongrues. Puis, de fil en aiguille…

Quel est votre rythme de travail ?
Je suis un « branleur » au sens où je n’exploite pas toutes les possibilités qui me sont offertes. Mais quand je m’y mets vraiment, je suis un vrai perfectionniste. Tout doit être calé. Récemment, Greg [Ndr : Greg Laffargue, chanteur et caméraman de Rémi Gaillard] m’a fait une musique pour une vidéo. Chaque tempo correspond à un temps fort. Même si les gens ne s’en rendent pas compte, rien n’est laissé au hasard. Avant, je testais toutes mes vidéos en les faisant regarder aux copains. Maintenant, je les envoie directement. C’est ma perfection. Mais je tiens à conserver leur aspect authentique : ce n’est pas un problème quand ça tremble un peu.

Vous avez fait le cochon, le lapin, le kangourou. Comment trouvez-vous les idées ? Est-ce que ça n’est pas difficile de se renouveler ?
Je raisonne généralement par association d’idées. Par exemple, pour la vidéo de l’escargot, je trouvais le costume rigolo. Puis j’ai pensé à l’opération « escargot ». Au final, ça a donné cette vidéo inoubliable de 38 secondes. Mais j’avoue que trouver des idées et les mettre en action sont les choses les plus difficiles. C’est maintenant que ça marche et que je dois trouver des concepts ! Je n’ai pas tout fait- loin de là- mais mes vidéos se recoupent parfois. En fait, ce que je préfère, c’est le montage. Le moment où je m’amuse le plus.

Et que penseriez vous d'une vidéo avec Montpellito ?
La mascotte est originale et jolie. Il y a du potentiel, il faut juste que je trouve une bonne idée et c'est parti !

Envisagez-vous  une fin à vos aventures ?
Les années passent. Je ne sais pas encore combien de temps je continuerai. Peut-être un ou deux ans. A vrai dire, c’est une question que je me pose tous les jours et à laquelle je n’ai pas de réponse pour l’instant. La société nous impose une normalité. Un âge, ce n’est rien. Je reste un grand enfant.

Vous êtes-vous inspiré de la télé pour réaliser vos sketches ?
Je suis nostalgique des émissions télé des années 80-90,  genre Ciel mon mardi. Maintenant, certaines émissions… Enfin bon, vous me comprenez. D’ailleurs, je ne me bats plus pour avoir la télé depuis que mon antenne ne marche plus. Maintenant, Internet est ma télé.

Parlons d’Internet justement. Comment gérez-vous votre renommée sur la toile ?
Je tiens moi-même ma page Facebook. J’avais demandé à une amie de s’en charger pour moi. Mais, finalement, ça ne s’est pas fait. J’essaie de répondre à mes fans à peu près tous les mois. Bon, je ne peux pas répondre à tous ceux qui me disent qu’ils apprécient mes vidéos. Mais quand c’est important, je fais l’effort. Récemment, un garçon de 14 ans, malade, m’a écrit que mes vidéos lui redonnaient le sourire. Plus surprenant, un couple m’a contacté pour me dire qu’ils s’étaient rabibochés grâce à moi ! C’est le plus beau cadeau que l’on puisse me faire.

Les gens vous interpellent dans la rue. Ça ne vous agace pas parfois ?
Quand quelqu’un vient me taper dans les mains, m’appelle « Rémi », ça me fait plaisir. Je suis leur pote. Bien sûr, il y a des fois où je suis de moins bonne humeur, comme tout le monde.

Les gens n’ont-ils pas tendance à vous laisser faire quand ils vous reconnaissent ?

C’est vrai que j’ai de plus en plus de mal à passer inaperçu. Il y a des gens qui m’interpellent, qui me reconnaissent de suite. Pour le championnat de France de natation 2009 qui se déroulait à la Piscine Olympique d’Antigone, j’avais projeté de me jeter à l’eau pour faire le 50 mètres. Mais, la veille, je suis allé repérer les lieux et les vigiles m’ont averti qu’ils ne me laisseraient pas rentrer. Je me suis alors déguisé. Mais je me suis fait coincer avant d’arriver au bassin. C’est dommage : ça aurait eu de la gueule. Surtout avec le record qu’il y a eu juste derrière. Vous savez, la grandeur naît de la difficulté.

Quelle vidéo préfère le public ? Pour laquelle avez-vous une affection particulière ?
La plus vue ? Je crois que ça doit être Rémi Kart avec plus de 30 millions de vues. Mais si l’on compilait toutes les séquences foot, je pense que l’on atteindrait sans difficultés des records. Celle que je préfère reste la vidéo du kangourou.

La Coupe du Monde approche. Le fan de foot que vous êtes n’a pas dû résister à célébrer ce moment…
J’ai deux vidéos en préparation pour la Coupe du Monde de foot. Dont une qui devrait sortir vendredi et qui défend les couleurs de Montpellier. Les gens vont croire que la vidéo est truquée mais je n’ai vraiment pas les moyens pour ça ! Elle va tout démolir et je me demande si à l’avenir, je pourrais faire aussi bien !
 
Projetez-vous de sortir un DVD ?
Ça demanderait beaucoup de boulot. Il y a d’abord le problème des droits d’auteur des musiques que l’on a utilisées. Quand je fais Rocky par exemple, je ne peux qu’utiliser « la » bande-son du film qui a fait son succès. C’est pourquoi je demande maintenant à Greg de composer mes musiques. Il faut aussi rhabiller les anciennes vidéos.  Je me suis mis à la HD depuis l’année dernière seulement. Mais j’y pense : peut-être dans deux ans, peut-être dans cinq ans, on verra, rien n’est encore fixé.

Les gens se sont habitués à regarder gratuitement vos vidéos via Internet. Vous n’avez pas peur du téléchargement illégal ?
Je pense que les gens aiment bien posséder l’objet. Je veux faire un truc qui ne ruine pas : tout ce qui se vend maintenant est très commercial. J’attends que le téléchargement illégal soit éradiqué. Et pour ceux qui achèteront mon DVD, je les inviterai chez moi. (Rires). Je plaisante. Quoique…