Montpellier : Philippe Saurel veut sauver le Château Bonnier de La Mosson

Dans ce Salon de Musique où va être présentée la politique d’acquisition du Musée Fabre, deux tableaux de Jean Ranc (1674-1735) sont de retour et ils viendront orner le Musée Fabre. Ces toiles représentent Joseph Bonnier de La Mosson et son épouse Anne Melon, elles ont été préemptées. (…) Ce Château de La Mosson est classé monument historique, pour le réhabiliter il faut plusieurs millions d’euros. Je vais lancer une étude pour sa restauration, seule la Métropole ne le pourra pas, nous avons besoin du soutien de l’État. (...) Ce domaine exceptionnel nous ne le vendrons pas, il est l’âme de Montpellier.

Philippe Saurel, Maire de Montpellier et Président de Montpellier Méditerranée Métropole


Mardi 19 décembre, un rendez-vous dans l’un des hauts lieux du patrimoine de Montpellier était donné à la presse. Une atmosphère des grands moments semblait saisir la vingtaine de personnes accueillies dans le majestueux Salon de Musique du Domaine Bonnier de La Mosson. Cette « ruine » a marqué l’histoire montpellieraine et reste la plus célèbre des châteaux-folies. Dans le cadre de la conférence sur les nouvelles œuvres acquises par le Musée Fabre et sa politique d’enrichissement depuis sa réouverture en 2007, Philippe Saurel a annoncé son souhait de restaurer le site.


Une renaissance pour le Château Bonnier de La Mosson ?

Philippe Saurel, très ému, a fait part de sa volonté de sauver le site classé : « Ce lieu qui abrite l’âme montpelliéraine revêt une dimension historique symbolique pour cette présentation de la politique d’acquisition du Musée Fabre comportant notamment deux tableaux exceptionnels du peintre montpelliérain Jean Ranc. Ces portraits de Joseph Bonnier 1er et de son épouse Anne Melon datent de 1702. » Pour sauvegarder ce patrimoine, de nombreux défis sont à relever. Le budget nécessaire à la restauration du Château Bonnier de La Mosson s’élève à plusieurs millions d’euros, et Philippe Saurel souhaite mobiliser le Ministère de la Culture, l’État, car la Métropole montpelliéraine propriétaire des lieux ne peut parvenir à soutenir un tel projet. Pour renflouer le financement attendu, toutes les pistes seront étudiées. Il a proposé un tirage exceptionnel de la loterie nationale. Le Président de Montpellier Métropole a aussi rappelé que le domaine est à 70 % inondable – il l’a été notamment en octobre 2014, les murs de l'enceinte du domaine se sont effondrés à la suite des crues de la Mosson. Il a également évoqué le fait que le site est occupé depuis des années par les caravanes des gens du voyage, en particulier à l’arrivée des beaux jours. Entouré des tableaux représentant les anciens propriétaires des lieux de retour en leur demeure, le Maire de la Ville a affirmé son attachement et sa détermination à agir. La première étape est la commande d’une étude patrimoniale sur la restauration du Domaine Bonnier de La Mosson. Michel Hilaire, le Directeur du Musée Fabre, présent également, avait mis en valeur le château - c'est une des études de Dominique Larpin, Architecte en chef des Monuments historiques qui avait été reprise - dans le cadre de l’exposition de 2010 consacrée à Jean Raoux (1677-1734) qui en a signé le décor.


Le Salon de Musique, écrin d’un palais disparu

Le Salon de Musique où s’est déroulée cette conférence de presse est à l’italienne de plan ovale sur deux niveaux. Il est tapissé de somptueuses gypseries. Cette pièce d’apparat présente un superbe fronton réalisé par le sculpteur Nicolas-Sébastien Adam (1705-1778). Ce sculpteur a également signé les impressionnants médaillons en courbe de deux mètres de hauteur qui décorent l’écrin préservé de ce palais disparu. Le Château Bonnier de La Mosson a été l’un des plus illustres châteaux du XVIIIe siècle, il a précédé les nombreuses « maisons des champs » ou folies de la campagne montpelliéraine. Joseph Bonnier (1676-1726) dont le Musée Fabre vient d’acquérir le portrait par Ranc, était Trésorier de la Bourse des États du Languedoc. Il a fait bâtir le château en 1723. Son fils, qui se prénomme également Joseph (1702-1744), prend le relais au décès de son père et le château est achevé en 1727. Son caractère ostentatoire devait incarner la réussite éclatante de la septième fortune du royaume. Joseph Bonnier père, Baron de La Mosson, fils d’un riche marchand drapier, connut en effet une ascension fulgurante. L’architecture du château est attribuée à Jean Giral (1679-1755). Le 26 juillet 1744, Joseph Bonnier fils meurt à Paris à l’âge de quarante-deux ans. Passionné par les sciences et les arts, il a été le protecteur du peintre Jacques de Lajoüe (1686-1761) qui a décoré son Cabinet de curiosités, un des plus spectaculaires de son temps. La veuve de Joseph Bonnier, pour payer ses nombreuses dettes, vend le château qui est démantelé et dépecé vers 1750, une vingtaine d’années seulement après la pose de la première pierre. Ses plus beaux atours (ferronneries, boiseries…) viennent habiller les grandes demeures du Languedoc, les sculptures du parc sont déposées en quantité au Jardin de la Fontaine, à Nîmes.


En 1982, la Ville de Montpellier achète le site dont l’état d’abandon est très préoccupant. Georges Frêche était un amoureux et protecteur des lieux, après son décès le château tombe dans l'oubli et se détériore. L’annonce de Philippe Saurel de valoriser le Domaine Bonnier de La Mosson a été faite dans le cadre de la présentation des nouvelles acquisitions du Musée Fabre, dont le budget est un des plus importants de France. Le Conservateur Michel Hilaire a rappelé la politique culturelle ambitieuse de Montpellier Métropole qui a permis notamment l’achat des deux tableaux de Ranc, peintre majeur de la période Régence. Ces portraits des Bonnier de La Mosson revenus en leur château en cette matinée du 19 décembre constituent un événement annonciateur de bonnes nouvelles. 

Fatma Alilate

Domaine Bonnier de La Mosson

Impasse Joseph Bonnier (Route de Lodève) - Montpellier



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Le château Bonnier de La Mosson, un patrimoine oublié ?

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