Montpellier : Le Festival Boutographies présente de nouveaux talents de la photographie

Mes photos prises à la Jungle de Calais avant son démantèlement montrent des gens qui sont dans une situation terrible, mais ils trouvent la force d’investir pour faire des cabanes. Certaines ont coûté quelques milliers d’euros. J’ai souhaité mettre en avant ces personnes qui essaient de reconstituer des lieux de vie, malgré le désastre du lieu et de leur situation.

Camille Gharbi, photographe - Les Boutographies 2018


Le Festival Boutographies est né il y a dix-sept ans, au quartier Boutonnet, à Montpellier. Il met à l’honneur des talents émergents de la photographie. Pour l’édition 2018, douze photographes sont exposés au Pavillon Populaire, et vingt-huit photographes présentent leurs créations dans différents lieux de la ville : Gazette Café, Université Paul Valéry, Médiathèque Emile Zola, la Fenêtre, Galerie Saint-Ravy...


Des univers différents

Sur les deux niveaux du Pavillon Populaire, les photographes proposent un univers propre. La thématique de Dieter de Lathauwer dénonce l’élimination physique de patients considérés comme incurables, pendant la période nazie. Le titre de la série I loved my wife s’inspire d’un film de propagande. Dans un tribunal, un accusé dit qu’il aimait sa femme, mais ses propos sont mal traduits et deviennent glaçants : « J’aimais ma femme mais son élimination était la seule chose à faire dans l’intérêt de la Nation. » France 98 de Cédric Calandraud a un goût amer. Toutes ces photos de fêtes de famille. Des rires, ils dansent, c’est la joie, on trinque devant l’objectif ! Oui… mais, depuis 1998, des drames ont ravagé ces personnes : maladies, décès, chômage… Enfant, Cédric Calandraud prenait des tas de photographies avec son appareil jetable. Il s’est réapproprié ses photos de famille restées entassées pendant des années. Certains visages sont raturés, notamment au niveau du regard, les moments de joie ne sont plus. Le photographe Philippe Leroux nous invite à Marseille aux côtés de gens de la Méditerranée. Ils s’appellent Slimane, Artak, Alain… Ils racontent l’exil et Marseille. Des textes accompagnent les portraits. Une petite fille à la robe orange plissée marche sur l’eau. Les Boutographies au-delà de la poésie des images permettent de réfléchir. Camille Gharbi est une des révélations de l’exposition, avec ses photographies de cabanes blanches : London Bread, Baloo’s youth center… welcome à la Jungle de Calais !


Camille Gharbi, pour un autre regard…

Nous sommes au printemps 2016, Camille Gharbi vit à Paris. Elle se rend à la Jungle de Calais pour participer à du bénévolat associatif, et là elle reste bouleversée par tant de misère et surtout par cette force malgré et contre tout, de ceux qui n’ont plus rien et qui ont fait un pari fou : tout quitter pour l’Angleterre. Elle s’étonne de ces « lieux de vie » reconstitués : boulangeries, écoles, lieux de prière, bibliothèque... Ce qu’elle voit et perçoit ne correspond pas à tous les clichés diffusés par les médias. En fait, elle assiste à une forme de résilience, une lutte pour un semblant de vie ordinaire. Pour ces cabanes qui seront bientôt détruites, des migrants ont investi une somme d’argent importante - nombre d’entre eux viennent de la classe moyenne, et ils ont fait preuve d’une étonnante créativité. Les photographies avec un fond blanc paraissent presque en décalage avec la réalité des conditions de vie de ce « territoire », et les enseignes en anglais sous forme de graffitis sont là comme des touches d’espoir. Camille Gharbi a choisi d’extraire ces cabanes de leur environnement : « Ces constructions se tiennent là, devant nous, isolées d’un contexte bruyant. Elles ne parlent plus d’une situation inextricable, elles ne sont plus le symbole d’une crise mondiale ou d’une problématique que l’on ne saurait résoudre. Elles sont là, simplement, et ne parlent que pour elles-mêmes. Elles nous interpellent. »1


Les photographies de cette nouvelle édition des Boutographies invitent à l’imaginaire, et révèlent des récits, des témoignages, elles interrogent aussi. Au Pavillon Populaire, les espaces se succèdent et permettent l’expression d’univers qui peuvent être oniriques, sociaux, historiques, intimes… Le Festival propose aussi des projections, des rencontres, des expositions, et des Prix pour soutenir les nouveaux talents de la photographie.

Fatma Alilate

Notes : 1. En février 2016, le tribunal administratif de Lille valide le principe d’évacuation de la zone sud de la Jungle de Calais. Toutefois, en raison des « lieux de vie » aménagés par les migrants « qui leurs sont nécessaires et auxquels ils sont attachés pour des raisons culturelles notamment », le juge des référés demande que la mesure d’évacuation ne porte pas sur ces « lieux de vie ». Considérant cette décision, migrants et associations écrivent sur nombre de cabanes, maisonnettes et autres constructions l’inscription « lieux de vie ».


Les Boutographies

Le Pavillon Populaire

Esplanade Charles de Gaulle - Montpellier

Téléphone : +33 (0)4 67 66 13 46

Du mardi au dimanche, de 10 heures à 19 heures - Entrée libre

Jusqu’au dimanche 27 mai 2018

www.boutographies.com


La sélection officielle Boutographies 2018 : Camille Gharbi, Carlo Lombardi, Cédric Calandraud, Diether de Lathauwer, Florence Iff, Hanna Rast, Lee-Marie Sadek, Manon Lanjouère, Patrick Wack, Philippe Leroux, Sandrine Elberg.