Hélène Trintignan fête les quarante ans de sa galerie

 

« On ne naît pas galeriste, on le devient. »

Hélène Trintignan


En septembre 1974, Hélène Trintignan vient de terminer une thèse en Droit public, elle est assistante et peut faire carrière dans l’enseignement. Mais c’est un tout autre choix qu’elle s’apprête à faire : celui d’ouvrir une galerie consacrée à l’art contemporain.

Le 10 octobre prochain, cette galerie fêtera ses quarante ans par une exposition hommage.


Une décision courageuse

Hélène Trintignan est initiée à l’art par sa mère. Lorsqu’elle découvre Picasso, c’est un bouleversement. Jeune diplômée, elle hésite entre continuer vers une voie sûre mais peut-être routinière ou se laisser tenter par un métier-passion. Henri Goetz (1909-1989) est l’artiste qui l’encourage et la soutient, il a été le peintre ami qui croyait à son projet. A l’Université, le discours est tout autre, le Doyen ne cache pas sa stupéfaction : « Une galerie ? Mais c’est un commerce. Vous lâchez la fac pour ouvrir un commerce ? » La décision est pourtant prise, Hélène Trintignan inaugure une galerie qui porte son nom dès le mois d’octobre 1974.

Durant la décennie, l’étonnement des visiteurs est grand, car à Montpellier, au début des années 70, on ne connaît pas le fonctionnement d’une galerie d’art. Quant aux œuvres exposées, issues du courant de l’abstraction des années 50, elles déroutent.

Hélène Trintignan, personnalité des arts

Par la galerie, des artistes en devenir ont découvert des œuvres, le public a pu s’initier à l’art contemporain. Mais le chemin, sur une quarantaine d’années, a été long. En une phrase clin d’œil à Simone de Beauvoir, Hélène Trintignan définit sa profession : « On ne naît pas galeriste, on le devient. »

Elle n’a pas de prédilection pour un courant artistique et s’intéresse d’abord aux artistes : « C’est un choix personnel, non celui d’un mouvement qui oriente les expositions. Il faut que je sois en accord avec ce que fait l’artiste. C’est un domaine où il faut être sincère. » Dès ses premières expositions, elle ne suit pas la mode et choisit des peintres selon ses goûts, en toute indépendance.

Hélène Trintignan a exposé des artistes, désormais reconnus, mais qui ne l’étaient pas. La qualité de la programmation a permis à la galerie historique de la ville d’occuper une place privilégiée dans l’art contemporain et de devenir un lieu incontournable de la scène culturelle.

Des artistes et des œuvres

Après l’abstraction (Olivier Debré, Kijno, Chu-Teh-Chun…), elle présente le mouvement Supports-Surfaces, sans se focaliser au départ sur ce groupe en particulier. C’est en travaillant avec Louis Cane qu’elle a pu s’intéresser aux œuvres d’autres peintres, comme Vincent Bioulès ou Claude Viallat.

Pendant les années 90, la galeriste renouvelle son regard avec des artistes tels que Robert Combas ou Catherine Lopes-Curval.

Hélène Trintignan effectue un suivi des artistes qu’elle expose tous les trois ans, elle reste aussi à la recherche de nouveaux talents. Ainsi, une nouvelle génération, dont le prix des œuvres est plus abordable, a pu apparaître.

Elle est très sollicitée : « On reçoit énormément de dossiers, environ quinze par semaine. » Elle doit émettre beaucoup de refus, car il y a peu d’élus. Quim Domene, exposé au printemps dernier, est une exception. L’artiste catalan venait régulièrement à la galerie se nourrir des œuvres, son travail s’est inscrit dans la durée et l’expérience. Lors d’une de ses venues, il ose se présenter. Hélène Trintignan est hésitante, elle craint de décevoir une nouvelle fois. Mais c’est un coup de cœur pour ce plasticien qui revisite avec humour l’histoire de l’art, par des collages.

« Pour les quarante ans de la galerie, j’éprouve beaucoup de nostalgie… »

L’exposition 40 ans de galerie 1974-2014 sera un évènement culturel fort en émotion. Les œuvres d’une vingtaine d’artistes ont été retenues.

Depuis 1974, les années ont filé, Hélène Trintignan les a consacrées à des artistes qu’elle a toujours choisis. Ce sont à tous ces visages familiers (peintres, collectionneurs, habitués de la galerie…) à qui elle souhaite aussi rendre hommage. Des liens étroits se sont noués, des peintres sont devenus des amis. Par l’accueil du public et des artistes, Hélène Trintignan a fait de nombreuses rencontres et elle a connu l’évolution du regard porté sur l’art contemporain.

L’inauguration de l’exposition anniversaire se fera en présence des artistes emblématiques de la galerie. Six d’entre eux ne sont plus, mais leurs œuvres restent. Cette exposition, probablement la plus importante du parcours d’Hélène Trintignan, a été suggérée par le fils de la galeriste, Numa Hambursin, une autre personnalité des arts de la ville de Montpellier. 

Fatma Alilate


Galerie Hélène Trintignan

21 Rue Saint-Guilhem

34000 Montpellier

Tél. : 04 67 60 57 18

www.galerietrintignan.com

Ouverture du mardi au samedi de 10h30 à 12h30 et de 14h30 à 19h.


Exposition 40 ans de galerie 1974-2014

Du 10 octobre au 22 novembre 2014

Catalogue : 40 ans de galerie 1974-2014 - Numa Hambursin