Montpellier : Gabriel Couderc à la Galerie Réno

 

« J’ai choisi Gabriel Couderc parce que j’aime la peinture figurative. Il a apprécié tous les peintres modernes depuis le début du XXe siècle. La peinture, c’était sa vie. Il incarne la suite de l’impressionnisme. Son grand peintre, c’était Cézanne, il a admiré Frédéric Bazille, Matisse, Marquet... Il était d’une grande gentillesse, très doux, calme. »

Jean-Claude Réno


La Galerie Réno expose Gabriel Couderc (1905-1994). L’artiste-peintre formé à l’École des Beaux-Arts de Montpellier et aux Arts Décoratifs à Paris a été à l’origine de deux mouvements picturaux importants : les groupes Frédéric Bazille et Montpellier-Sète. Gabriel Couderc fut aussi le Conservateur du Musée Paul Valéry. Si le peintre eut beaucoup de succès de son vivant, ses expositions ont été le sujet de nombreux articles ; il semble être tombé dans l’oubli. Depuis une vingtaine d’années, les musées ne le proposent plus dans leurs programmations, pourtant une rétrospective rappellerait le rôle de l’artiste dans l’histoire de l’art et son action visionnaire en tant que Conservateur d’un des premiers musées modernes de province.


« La peinture de Couderc est à l’image de son pays languedocien : vaste, construite et cristalline. » 1

La Galerie Réno révèle le peintre de la lumière par ses paysages, des natures mortes et des portraits. Dans les deux salles d’exposition, parmi les sculptures qui semblent s’animer, différentes périodes du parcours de Gabriel Couderc sont proposées. Adepte du « réalisme poétique », il peignit avec passion Sète, sa ville natale, le Languedoc, la Provence... Nous découvrons aussi la Syrie : Alep, un marchand de pains. Sérénité, couleurs chaudes, nous sommes loin de l’actualité ! Gabriel Couderc a su exalter le Sud : « J’attache beaucoup d’importance à la composition du tableau, à l’harmonie des couleurs, des valeurs. Je recherche un équilibre. En somme, je suis un Méditerranéen. » Ses toiles vibrent, les couleurs osent les teintes roses ou jaunes, certaines tonalités paraissent fluorescentes et se jouent des contrastes. Deux variantes de Ma mère cousant sont présentées, cette scène intimiste ne reflète pas la même luminosité et nous sommes emmenés dans des atmosphères, peut-être successives.

Gabriel Couderc a peint plus de deux mille toiles désormais réparties dans des collections particulières, en France et à l’étranger, et dans une vingtaine de musées ; un catalogue récent sur son œuvre serait le bienvenu. A la Galerie Réno, l’on peut observer l’évolution de ses toiles : peintures plus synthétiques et dépouillées, éclaircissement de la palette. L’artiste est aussi le fondateur du Musée Paul Valéry, à Sète.


Conservateur d’un musée de province

En 1974, Gabriel Couderc dans une interview passionnante 2 revient sur ses fonctions de Conservateur. Il a permis le rayonnement d’un petit musée de province et la construction d’un nouveau bâtiment ancré dans la ville de Sète et l’art contemporain.

Il est nommé au Musée municipal, en 1946. Cette modeste institution partage son espace avec une école primaire ; de temps en temps, les enfants s’échappent pour venir s’amuser au milieu des tableaux et des plâtres. Les lieux sont vétustes, le toit est resté en partie écroulé après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Tout est à faire ! Gabriel Couderc va déplacer des « kilos de poussière » pour valoriser les tableaux modernes signés Bonnard, Gauguin.... Les moyens d’un tel musée sont dérisoires et l’artiste-Conservateur est de toutes les tâches. Pour le musée de sa ville dont il est désormais à la tête, Gabriel Couderc a des projets, il les réalisera tous grâce à sa ténacité et malgré sa timidité. Après la mise en valeur de peintures modernes, il ouvre une Salle Paul Valéry consacrée au poète. Le musée se développe. Très vite à l’étroit, Gabriel Couderc suggère son agrandissement : un nouveau lieu sera bâti… Le Musée Paul Valéry, « l’œuvre » de Gabriel Couderc, est inauguré en 1970, il y termine sa carrière en 1976. Ce musée a gardé l’empreinte de son Conservateur : Sète, la ville choyée par les peintres, est mise à l’honneur, il y a toujours une Salle Paul Valéry (dessins, peintures, lettres).

1978 est l’année de la consécration avec deux expositions aux Musées Fabre et Paul Valéry. D’autres expositions sont organisées durant la décennie suivante, mais après son décès en 1994, Gabriel Couderc tombe pratiquement dans l’oubli. Certes, ses tableaux sont présents à Sète, en son musée, avec les peintres du groupe Montpellier-Sète, mais une exposition se fait attendre. A Montpellier, le Musée Fabre ne propose pas de salles permanentes (au moins une !) aux peintres des groupes Frédéric Bazille et Montpellier-Sète et il faut chercher un tableau de Gabriel Couderc.


Grand amoureux de Sète qui l’a beaucoup inspiré, Gabriel Couderc a été aussi un Conservateur dévoué et investi. Le Musée Paul Valéry dont l’emplacement est idéal pourrait être une de ses toiles. Sur le Mont Saint-Clair, l’édifice domine la mer et le port, la lumière de la Méditerranée révèle les lieux. Au pied de son musée, le peintre repose au Cimetière Marin, lié à jamais à la terre du Languedoc.

L’exposition Gabriel Couderc est à découvrir à la Galerie Réno jusqu’au samedi 7 novembre 2015. Cette personnalité a marqué l’histoire de l’art. Un hommage dans un musée permettrait au public de découvrir cet artiste-peintre qui a également fondé le premier musée moderne de province, sous l’ère Pompidou.

Fatma Alilate

Notes : 1. Pierre Georgel.

2. « Un conservateur de Musée, interview de Gabriel Couderc par Henri Bourbon », France Forum, juillet-août 1974.

Jean-Louis Gourg (1982), Gabriel Couderc, Édition Vision sur les Arts, Paris.


Exposition Gabriel Couderc

Galerie Jean-Claude Réno

10 Rue Saint-Firmin

34000 Montpellier

Tél. : 04 67 66 37 30

Ouverture du mardi au samedi de 10h00 à 12h00 et de 14h30 à 18h30

Jusqu’au samedi 7 novembre 2015

Entrée libre