Il y a presque 10 ans que les "bittes" des Sœurs Noires ont été peintes. Ce qui était une opération éphémère et pirate s'est transformée, "malgré" la volonté des auteurs, en permanence. Pour autant, rien n'était fait pour que les œuvres durent, et elles se sont lentement dégradées sous l'effet du temps, de l'usure, des intempéries, du nettoyage des rues, des tags...

Montpellier : bientôt un lifting pour les bittes des Soeurs Noires

Puisqu'elles sont encore là, le collectif informel qui avait initié ce que l'on peut désormais appeler "la première collection" a décidé de leur donner une nouvelle livrée. Samedi 11 janvier (et dimanche 12 si ce n'est pas fini), les bittes des Sœurs Noires  reprennent des couleurs !

Elles sont au nombre de 70, à disposition de celles et ceux qui voudront s'en emparer pour un geste artistique, urbain, ou revendicatif. Ou tout cela à la fois. À chacun de repérer d'ici là son emplacement, d'amener son matériel, et son imagination. Elles peuvent être peintes, encollées, etc.

Sans autorisation explicite, le collectif de riverains activistes fera marcher son réseau, et c'est plus de 50 œuvres qui sortiront de terre début janvier, signées cette fois de riverains, d'enfants, d'artistes montpelliérains invités. Quelques frottements avec la police municipale (la Ville revendait les bittes 600€ pièces à d'autres collectivités), un bel apéro d'hiver pour clôturer, et une mobilisation inespérée.

De nombreuses photos de la première collection sont disponibles sur le blog des "Photograffeurs 12 singes", le collectif de street-art désormais partenaire de l'opération : http://streetart-montpell.over-blog.net/article-les-soeurs-noires-aiment-les-bites-colorees-102377177.html


Rappel des faits

En 2004, la municipalité rend piéton l'Ecusson. Pour l'occasion, elle enlève des rues médiévales les centaines de bittes d'amarrage qui empêchaient le stationnement des voitures.
La prolifération de ce mobilier urbain était source d'histoires singulières (chacun s'étant un jour frotté à la dureté de la pierre, à pied, en voiture, en poussette ou en vélo), et aux rumeurs urbaines.


Le temps d'un chantier, voilà le centre-ville débarrassé de toutes ses bittes d'amarrage.
Toutes ? Non. Pour des raisons de programmation de chantier, la rue des Sœurs Noires reste la seule voie encore équipée de ces dômes de pierre.


Les riverains se renseignent sur cette incongruité, et apprennent qu'il leur faudra encore patienter plusieurs mois pour en être débarrassés. C'est là que nait, sur une terrasse de café, l'idée de se les approprier temporairement, de les colorer, de les peindre, quoi! Ils forment un collectif informel, Les Sœurs Noires défroquées, et planifient une opération d'art urbain éphémère.

Une nuit de décembre, la première sort de terre, face au numéro 13 de la rue. Elle est rouge, flanquée d'une tête de Jack tout droit inspirée du Mister Jack de Tim Burton, et juste signée des initiales du principal instigateur, FB.

L'opération "d'art public de quartier" se voulait éphémère. Mais devant le résultat, la Mairie décidera de conserver la rue en l'état. Quelques années plus tard, l'office du tourisme en fera même une affiche. Les bittes, elles, attendent toujours le vernis promis alors... Depuis, la collection s'est complétée, parfois brillamment, parfois à la va-vite. Nombreuses sont celles qui ont plusieurs fois changé d'apparence, certaines ont servi de support de revendication, d'autres se sont harmonisées aux commerces.

Mais la plupart ont besoin d'être refaites. Nous essayerons d'en sauver deux de la première collection, quitte à les rénover un peu.