Max Rouquette, un Humble parmi les grands

 

« Dans les rues dorées de Montpellier

où le soir versait sa paix blonde

nous avons suivi d’un songe sans égal

le fil du temps de notre jeunesse.

A son ciel frémissant, de toutes sortes

se poursuivaient les saisons

et le vent du Nord au Peyrou

chantait le secret des Cévennes. »

Max Rouquette  Les songes du matin / Los somis dau matin


L’exposition consacrée à Max Rouquette (1908-2005) à la Médiathèque Émile Zola se termine, depuis son inauguration, elle a permis une belle rencontre avec un homme du pays qui a su montrer la richesse de la langue occitane par ses différents écrits (poèmes, proses, nouvelles, contes, pièces de théâtre, traductions, essais, romans…). Des documents issus d’importantes donations valorisent la personnalité de l’écrivain pétri de culture et d’humanisme. S’il s’est exprimé en occitan, son œuvre traduite en différentes langues reste universelle et passionnante.


Max Rouquette a choisi la langue d’Oc car il la ressentait puissamment expressive et belle, il a été captivé par les sonorités, ses harmonies. Depuis l’enfance, il aimait les mots, il s’amusait à se les répéter comme pour les inscrire dans sa mémoire. Bercé par les traditions orales, son œuvre foisonnante montre son attachement aux gens simples à qui il a su redonner vie. C’est aussi par fidélité à tous ces humbles qu’il a écrit en occitan : « Ils ne possédaient rien. Ou presque rien. Leur pauvreté et leur ignorance (celle de ceux qui ne connaissent plus que leur parler) les préservaient de l’aliénation. (…) Ils ne sont plus là. Qu’importe. Leurs paroles flottent encore dans les reflets de l’air. Dans les odeurs qui vont d’une haie à l’autre. » 1




Vert Paradis - Verd Paradís

Le titre de son œuvre majeure s’inspire d’un vers de Baudelaire :« Mais le vert paradis des amours enfantines… ». Seuls deux premiers tomes sur sept sont aujourd’hui publiés dans un même ouvrage. Max Rouquette a dessiné les grandeurs et les faiblesses d’un monde désormais disparu, la force de son écriture fait écho à d’autres lieux, à différentes époques. Dans cet hymne à la nature au décor de garrigues, la mort rôde et frappe, le songe surgit et se mêle à la tendresse. Argelliers, le village natal de l’écrivain, est une scène où se jouent des pièces pleines de beauté saisies sur le vif : le renard condamné dans un bassin dont il ne peut sortir, le vagabond-conteur pleurant son chien pendu par des enfants, Gannocha la voleuse, ce jeune homme fou à la langue surannée perdu dans la campagne héraultaise, une orange partagée entre le narrateur et son père sur un site majestueux…

Les ruines sont une des thématiques de l’œuvre de Max Rouquette : maisons abandonnées, le Château d’Aumelas ou le Mas de Gardies qui « … avec son toit béant vivier plein de ronces, se souvient et compte et recompte les heures évanouies à son cadran solaire. » 


Un écrivain à découvrir

Touchant de sensibilité, Max Rouquette s’est passionné pour l’histoire du Languedoc, il s’est également senti solidaire de tous les Sud.

L’association Amistats Max Rouquette contribue à faire connaître l’écrivain dont une partie de l’œuvre est en attente de publications, de traductions et d’études. Cette association agit pour les rééditions des ouvrages épuisés et publie des revues. Le Cahier Max Rouquette numéro 2 / 2008 est consacré au centenaire de la naissance du poète, une autre revue 5 / 2011 valorise les écrivains qui ont jalonné le parcours de Max Rouquette dont Faulkner qu’il admirait. Dans le Cahier 3 / 2009, un dossier relate les liens étroits entre l’homme de lettres et les peintres : Max Rouquette était un écrivain-peintre qui par touches légères ou cinglantes peignait la nature, les hommes, la cruauté de l’enfance.


Dans son bureau du centre historique, tout a été laissé tel quel. Avec mystère, sa présence habite encore son appartement. Face à une grande fenêtre ouverte, l’on découvre une photographie de Baudelaire par Nadar, un portrait de Thomas de Quincey. D’où vient cette magie de l’écriture, ce talent inouï des mots ? Est-ce cette capacité de passer d’une langue à l’autre, son choix engagé de s’exprimer d’abord en occitan ? Par son talent, il rend hommage à la langue choisie, celle de ses racines et d’un peuple vaincu.

Au détour du parking des Arceaux, au pied de la promenade du Peyrou, l’on aperçoit son nom ; sur la Place Max Rouquette se jouaient des parties du jeu de balle au Tambourin, une autre de ses passions. Cet artiste en quête de poésie, un Humble parmi les grands, a marqué par son empreinte Montpellier et sa région. L’écrivain a eu une vie riche et complète, l’exposition de la Médiathèque Émile Zola met en valeur un homme rare dont les œuvres sont des trésors pour mieux lire le monde.

Fatma Alilate

Notes

1.  Ceux d’ArgelliersPoèmes en prose / édition bilingue ; Collection Paul Froment, 2008




Exposition Max Rouquette, la liberté de l’imaginaire / Max Roqueta, la libertat de l’imaginari

Médiathèque Émile Zola

Jusqu’au 28 février 2015

Entrée libre


Association Amistats Max Rouquette : http://www.max-rouquette.org

L'association édite une revue annuelle : Les cahiers Max Rouquette


Un grand merci à Jean-Guilhem Rouquette qui a eu la gentillesse de me recevoir.