Latifa Laâbassi au Centre Chorégraphique national de Montpellier

J’avais envie qu’on entende certains mots, presque des « gros mots » : socialiste, communiste, anarcho-communiste, fasciste. Je voulais que des mots nomment concrètement le lien danse et la chose politique dans ces années-là, par exemple qu’est-ce qu’être danseur-ouvrier, danseur-communiste ? Qu’ils résonnent, qu’ils fassent effraction dans cette montagne de serviettes éponges.

Isabelle Launay, interprète de La part du rite


Pour cette résidence au Centre Chorégraphique national de Montpellier, Latifa Laâbissi, chorégraphe et danseuse, s’intéresse à la façon dont le signifiant « sorcière » a été appliqué par les détenteurs du pouvoir à des femmes considérées comme dangereuses et importunes, au fil des siècles. La part du rite est proposée jeudi 25 janvier ; Latifa Laâbassi revient pour sa thématique sur la danse allemande des années 20. La performance Écran somnambule dans laquelle Latifa Laâbassi incarne une sorcière, mercredi 31 janvier, sera suivie de Witch Noises. Mary Anne Santos Newhall chorégraphe, danseuse et historienne américaine, a transmis à Latifa Laâbissi sa version du solo Hexentanz de Mary Wigman, basée sur des archives, textes et photographies inédites. Latifa Laâbissi a incorporé cette transmission et imaginé une nouvelle figure qu’elle cannibalise pour devenir, avec le musicien Cookie, le duo Witch Noises.


La part du rite

Vous distinguez une forme immobile sous un tas de serviettes blanches. Une silhouette s’active autour d’elle, l’entoure de gestes minutieux. Ouvrière ou officiante, elle plie, tord, secoue, modèle cette momie anonyme comme un paquet de linge. Puis vous distinguez une voix, sans être tout à fait sûr de sa provenance : une voix étouffée, hésitante, une voix proche et lointaine qui dit : « changer le monde en changeant la qualité de son propre mouvement ». (…) À la fois conférence, performance, installation, cette pièce creuse le lien unissant chair et mots pour en révéler les zones de creux, de heurts, les résidus, les devenirs. Dans une tension constante entre manipulation, articulation et désarticulation, une chorégraphe et une théoricienne de la danse cherchent à brancher des idées sur des états, des figures sur des matériaux ; à explorer différents régimes esthétiques pour en questionner l’actualité. Comme des opératrices – parlées, remuées par plusieurs strates de mouvements, de références, Latifa Laâbissi et Isabelle Launay réveillent une histoire engourdie : toutes deux bordées par le dispositif enveloppant de la scénographe Nadia Lauro, elles brodent cette histoire fragmentaire pour mieux la faire déborder de son cours.       Gilles Amalvi


Écran somnambule

Pièce majeure de l’expressionnisme allemand, La Danse de la sorcière a laissé derrière elle une trace incomplète, qui continue de hanter l’inconscient de la danse à la manière d’un mauvais rêve : un film de 1’40”, datant de 1926, qui montre Mary Wigman au bord de la transe, les membres comme électrifiés, réagissant aux rythmes sourds des percussions. Cette esthétique du contraste, de la rupture abrupte, où le corps devient le traducteur d’états contradictoires, comment en restituer le potentiel perturbateur sans la momifier ? Ne reproduisant que ce que montrent les images du film, Latifa Laâbissi se glisse dans le corps de la sorcière, et plonge la scène dans un état hypnotique où chaque mouvement dévoile sa lente construction. Opération proprement cinématographique le ralenti dévoile une autre écriture à la surface du même : elle introduit une distance vis-à-vis de l’original tout en redonnant son relief, son état d’extrême tension à cette figure inquiétante. Incarnation d’un film ou reproduction d’un corps ? (…) Écran somnambule : une surface de projection où viennent se déposer formes et références, monstres intérieurs et fragments de réel dans un va-et-vient constant entre passé et présent, désenvoûtement et réactivation.     Gilles Amalvi


La part du rite

Conception : Latifa Laâbissi | Interprétation : Latifa Laâbissi et Isabelle Launay | Conception visuelle : Nadia Lauro | Direction technique : Ludovic Riviere

Jeudi 25 novembre 2018 à 20 heures au Studio Bagouet, ICI—CCN

Tarifs : 10€ / 8€ / 5€ | Pass Par/ICI : 16€


Écran somnambule

À partir du film Mary Wigman (1930), extrait de La Danse de la sorcière (Hexentanz, 1926) | Conception et interprétation : Latifa Laâbissi | Conception de la figure : Nadia Lauro | Lumière : Yves Godin | Création son : Olivier Renouf d’après l’interprétation instrumentale de H-B Lesguillier (d’après la musique de H. Hasting et W. Goetze) | Direction technique : Ludovic Rivière

Suivi de Witch Noises

Performance : Latifa Laâbissi | Percussions : Henri Bertrand « Cookie » Lesguillier | Chorégraphie et transmission : Mary Anne Santos Newhall | Figure : Nadia Lauro | Création lumière : Yves Godin | Conception amorcée lors de « Scène du geste », conception et commissariat artistique : Christophe Wavelet, en collaboration avec le CN D - Centre national de la danse de Pantin en 2015

Mercredi 31 janvier 2018 à 19 heures au Studio Bagouet, ICI—CCN

Tarifs : 10€ / 8€ / 5€ | Pass Par/ICI : 16€


ICI – Centre Chorégraphique National Montpellier Occitanie

Agora – Boulevard Louis Blanc, Montpellier

Réservations : +33 (0)4 67 60 06 79 / billetterie@ici-ccn.com

www.ici-ccn.com