Gilles Mora au Pavillon populaire

Exposition Photographique à Montpellier : Les Suds profonds de l'Amérique

Exposition Photographique à Montpellier : Les Suds profonds de l'Amérique

 

 

Du 21 octobre au 30 janvier prochain, la Ville de Montpellier accueillera au Pavillon populaire une exposition photographique bipartite Les Suds profonds de l'Amérique conçue par Gilles Mora, dans le cadre de l'année des Etats-Unis à Montpellier, qui célèbre le 55ème anniversaire du jumelage de la ville avec Louisville, Kentuky, Etats Unis.

 

 

 

Cette exposition sera inaugurée le mercredi 20 octobre à 18h.

 

 

 

 

 


Cette exposition est la première rétrospective française consacrée à Ralph Eugene Meatyard (1925-1972), visionnaire de génie dont l'œuvre influença en profondeur la photographie américaine des années 1960 et 1970. Egalement présentées pour la première fois en France, les œuvres surréalistes de Clarence John Laughlin (1905-1985), où l'image fantomatique de la femme se dévoile sur les ruines d'un monde en disparition, celui des plantations et des cimetières de La Nouvelle-Orléans dans les années 1940 et 1950. Second volet de cette exploration des « deep souths », ces œuvres de C.J. Laughlin seront mises en regard avec celles du photographe contemporain Alex Harris, pour une approche de l'insaisissable ville louisianaise, réunie sous le titre évocateur  New Orleans : ruine, mythe, chaos. Le travail documentaire en couleur d'Alex Harris, réalisé en mars 2006, sublime quant à lui les traces du bouleversement laissé par l'ouragan Katerina en août 2005 sur les côtes louisianaises et dans les quartiers dévastés de La Nouvelle-Orléans.

En choisissant d'explorer dans toute sa richesse cet art majeur qu'est la photographie et en lui consacrant une place centrale dans sa politique culturelle, la Ville de Montpellier fait preuve d'ambition et s'inscrit dans un soutien sans cesse renouvelé aux arts visuels, consciente que, dans une civilisation de l'image, il est nécessaire de permettre à chacun de saisir la puissante invitation au regard que représente l'esthétique photographique.

 

Pavillon Populaire - Galerie d'art photographique de la Ville de Montpellier
Tous les jours sauf le lundi de 10h à 18h - Entrée libre
Esplanade Charles De Gaulle - 34 000 Montpellier
Tél. : 04 67 66 13 46

Le commissaire de l'exposition, Gilles Mora a longtemps vécu en Louisiane, dans les années 1970. Spécialiste de la photographie américaine, il est l'auteur ou le co-auteur des monographies de Walker Evans, d'Edward Weston, d'Eugene W. Smith, de Charles Sheeler et de travaux sur la Farm Security Administration, toutes publiées aux Editions du Seuil. Directeur artistique des Rencontres Internationales de la Photographie d'Arles entre 1999 et 2001, il a publié en 2007 une Histoire de la Photographie américaine, 1958-1981 (Prix Nadar 2007). La Ville de Montpellier vient de lui confier l'orientation artistique du Pavillon Populaire, espace d'art photographique, pour une période de deux ans et sur un principe d'invitation d'artistes et de commissaires internationaux.
 
Présentation des photographes et des travaux exposés
Textes de Gilles Mora, commissaire de l'exposition
 

RALPH EUGENE MEATYARD, L'OPTICIEN DU KENTUCKY

Il faut s'imaginer Lexington, cette petite ville du Kentucky, au cœur des années 1950. Nonchalance du Sud, engourdissement semi-rural, quiétude morale, absence de traits physiques ou culturels saillants. Rien qui, a priori, puisse favoriser l'épanouissement, en ce lieu, d'une carrière photographique. Sinon, justement, l'obligation d'aller chercher au plus profond de son imagination et de ses aspirations intellectuelles les raisons de créer. Et, si l'on pratique en même temps le métier d'opticien, la curiosité portée à la résolution de problèmes optiques. Tel est bien la situation en laquelle se trouve Ralph Eugene Meatyard (1925-1972), en ces années-là, occupant ce métier-là, dans cette ville-là. Rien qui le prédestinât à tenir l'une des plus enviables places dans le panthéon de la photographie américaine : celle d'un visionnaire, inclassable, secret, à l'influence souterraine mais déterminante auprès de ceux pour qui la photographie demeure encore une expérience totale, visuelle autant qu'intellectuelle. En lui, la contemporaine Cindy Shermann reconnaîtra ???le seul photographe qui ait eu un rôle majeur dans mes racines artistiques".

On cherchera en vain, dans l'œuvre de Meatyard, ce qui relève de l'inutile. Lorsqu'il disparaît prématurément à l'âge de 47 ans, il a exploré deux ou trois des domaines photographiques les plus difficiles : celui de la sensation et de la métaphysique (inspiré par l'esthétique zen), de l'enfance (avec les membres de sa propre famille), et de la mise en scène, comme son prédécesseur, le Louisianais Laughlin.

La dernière partie de l'œuvre de Meatyard voit croître la prolifération des masques, particulièrement à travers l'invraisemblable fiction la plus saisissante de l'histoire de la photographie, la série de 64 images intitulée  L'album de Famille de Lucybelle Crater. Meatyard et sa femme, tous les deux masqués, échangeant parfois leurs vêtements, y campent en une saga grotesque, un roman familial aux significations étranges et ambigües.

Cette exposition constitue la première rétrospective française consacrée à un photographe majeur et mal connu, dont l'œuvre n'aura au fond d'autre vérité que d'exorciser, comme en chacun d'entre nous, la terreur infantile et quotidienne des masques, lorsqu'il nous advient de percevoir le tragique moment où la Mort saisit le Vif.

A l'occasion de cette rétrospective la Ville de Montpellier a acquis 15 œuvres au Fonds Ralph Eugene Meatyard, issues de la série The Family Album of Lucybelle Crater, 1969-1972 qui comporte au total 64 images. Cette série est d'une importance historique majeure : elle a servi de référence à des artistes comme Cindy Sherman. Le livre publié en 1974, après la mort de Meatyard, constitue l'un des plus influents ouvrages de l'histoire de la photographie américaine moderne.


NEW ORLEANS : MYTHES, RUINES ET CHAOS

Clarence John LAUGHLIN : L'œil qui ne dort jamais
Alex HARRIS : Pèlerinage vers Katrina

L'imaginaire d'une ville relève souvent de constantes : traits physiques ou culturels, qualités et défauts récurrents, mythologies d'un passé sédimentées autour de quelques stéréotypes tenaces. Telle a pu apparaître à travers livres, films ou désirs qu'elle éveille, la Nouvelle-Orléans. Elégamment ruiniforme, objectivement chaotique, délicieusement décadente, fiévreusement sensuelle... A l'égal de la Louisiane, dont elle est l'emblématique capitale.

Prenez la photographie, libérez son champ d'action le plus efficace, celui de l'enregistrement des traces en voie d'effacement, dont la nostalgie ne cesse d'infuser les rêveries du présent : c'est bien ainsi que fonctionne l'artiste louisianais Clarence John Laughlin (1905 -1985). Entre le milieu des années 1930 et le début des années 60, le voici théâtralisant de toutes les façons, mettant en scène avec les plus étonnants protocoles, son inaltérable regret d'un monde écroulé, celui d'un Sud rayonnant, cultivé, porteur de valeurs dont Laughlin ne cesse d'enregistrer l'inéluctable effondrement dans les temps modernes. Nourri de l'esthétique baudelairienne, cet « explorateur des ruines », selon la belle formule de John Lawrence, constate, un peu comme dans la fameuse « Maison Usher » d'Edgar Poe, la destruction lente d'une ville à l'admirable passé, et qu'il hante, dans tous les sens du terme, pour tenter d'en conjurer par ses images la déliquescence architecturale et culturelle. Dans l'imagerie hallucinée des femmes qu'il met en scène, apparitions voilées ou dénudées au sein de décombres funèbres, ne faut-il pas voir les figures d'une rédemption possible ou bien, au contraire, celle d'un deuil définitif ? Ville-femme, la Nouvelle Orléans photographiée par Laughlin, cet » oeil qui ne dort jamais », selon ses propres mots, est en état de catastrophe permanente, le seul qui puisse, au fond, inspirer l'attitude surréaliste à laquelle, par toutes ses images et ses aspirations, Clarence John Laughlin appartient de haute main.

Catastrophe culturelle ? Mais la Nouvelle-Orléans vient récemment d'en subir une aussi grave, immédiatement désastreuse, celle de l'ouragan Katrina qui, le 29 août 2005, la ravage cruellement. Autre champ de ruines et de désolation dont la ville, 5 ans plus tard, peine à se remettre. Il ne s'agit plus, dans ce cas, d'un effondrement symbolique, d'un chaos de valeurs menacées. La disparition physique d'une partie de la Nouvelle-Orléans devait solliciter, dans l'urgence, l'enregistrement documentaire, ce qui fut largement réalisé. Alex Harris présente ici, et pour la première fois, une série de tryptiques en couleurs, réalisée volontairement 6 mois après le passage du cyclone, alors que le recul permet de mieux ajuster la portée matérielle des dégâts, et leur évaluation symbolique, en pleine résurrection printanière si propre à cette partie subtropicale du Golfe du Mexique. La démarche d'Harris est un contrepoint factuel, dans le plus pur style documentaire contemporain, au lyrisme exacerbé de Laughlin. Et pourtant, ce sont les mêmes motifs de la disparition qui, chez Laughlin ou Harris, font signe à notre mémoire comme si, appelés à disparaître, du fond d'une ville toujours prête à renaître de ses ruines, ils sollicitent l'attention des survivants que nous sommes, en un pèlerinage ambigu, entre espoir et mélancolie.

 

 

Catalogue :

Les Suds profonds de l'Amérique : Alex Harris, Clarence John Laughlin, Ralph Eugene Meatyard
Auteur : Gilles Mora, Editions Democratic books
144 pages, Prix 24,95 € en librairie
Signature le 23 octobre de 15h30 à 17h30
Gilles Mora dédicacera le catalogue de l'exposition lors d'une signature organisée par la librairie Sauramps Centre ville le samedi 23 octobre de 15h30 à 17h30


Conférences :

Samedi 23 octobre à 19h:
Après le passage de Katrina sur la Nouvelle-Orléans : photographie, photographes, images. »
John H. Lawrence, Directeur du musée New Orleans Historic Collection, présentera, aux côtés de Gilles Mora, le commissaire de l'exposition Les Suds profonds de l'Amérique, un choix de photographes louisianais ayant effectué un travail documentaire sur les dégâts du cyclone Katrina.
Auditorium du Musée Fabre - Entrée Libre

Vendredi 6 janvier 2011 à 19h :
Après le cyclone Katrina : ce qu'en dit l'appareil photographique
Le photographe Alex Harris (l'un des trois artistes présenté dans l'exposition Les Suds profonds de l'Amérique), également directeur du Center for Documentary Photography de Durham (Caroline du Nord, USA), évoquera son travail documentaire, vécu sous forme de « pèlerinage » quelques mois après le passage de l'ouragan dévastateur, aux côtés de Gilles Mora, commissaire de l'exposition.
Maison des Relations Internationales - Entrée Libre