Aurel vu par Aurel

Le soleil n’est pas encore au zénith quand j’aperçois Aurel remontant en toute décontraction la rue jusqu’à l’Esprit Vin. L’atelier qu’il partage avec trois amis est à deux pas, il vient de temps en temps se rafraîchir sous les tonnelles montpelliéraines.

Lorsque j’aborde le sujet de son ascension dans le monde de l’illustration, la commissure de ses lèvres se soulève comme un déni – le garçon est plutôt modeste. Pourtant, les résultats sont bien là : de l’Ardèche des chanteurs à texte à la Jean Ferrat au Paris survolté, on constate que l’artiste âgé de 30 ans a fait son petit bonhomme de chemin. La liste des magazines et quotidiens auquel il collabore ou a collaboré reste impressionnante : de Politis à Marianne en passant par le Monde Diplomatique pour la presse papier, de qobuz.com à Rue 89 pour le web, les plus grands médias ont eu recours un jour ou l’autre à ses services. Ses collaborations répétées lui ont d’ailleurs valu de recevoir en 2008 le prix de la Parole Libre, décerné au meilleur dessin de presse !

 

Les vieux routards de l’illustration ont compris son talent, à commencer par Siné, qui l’a embauché dans la foulée lors de la création de Siné Hebdo. Mais l’homme rester libre : en vrai bohème de l’illustration, Aurel préfère croquer la vie au rythme de son crayon. Qu’il soit à Cracovie ou Almeria, il ramène toujours un dessin, puise dans son quotidien pour réaliser ses carnets dont les deux premiers tomes,  Bombine et Chichourle, ont été publiés aux éditions Carabas.

 

Montpellier n’est pas absente de l’imaginaire de l’artiste : il avait d’ailleurs rendu hommage au chef lieu de l’Hérault dans Il était une fois Montpellier et continue à s’occuper de sa ville d’adoption. Preuve que Montpellier reste attractive et qu’elle recèle de talents qui brillent bien au delà des frontières du Languedoc-Roussillon…

 

 

7 QUESTIONS A … AUREL


Aurel

 

1. Politis, le Monde, Marianne : plusieurs grands journaux publient régulièrement vos dessins. Quel regard portez-vous sur ce parcours ?

A vrai dire, je ne me suis jamais trop posé la question !  Je profite au maximum de la chance que j’ai. Ce que je recherche avant tout, c’est de travailler pour un journal intéressant. Et qui paie bien ! Il faut bien vivre (sourire).


2. Vous avez fait des études de biochimie. Vous avez donc un profil plutôt scientifique. Pourquoi alors s’être tourné vers l’illustration ? Vocation, don ?

C’est vrai que j’ai entamé des études de biochimie après des études de pharmacie. Mais je me suis vite rendu compte que je voulais faire autre chose. Je dessinais mais me lancer dans l’illustration n’a pas été affaire de révélation. Les premiers avis de professionnels étaient encourageants mais pas non plus débordants d’enthousiasme !  Le talent se travaille. C’est à force de volonté que j’ai pu percer.

 


Aurel

 

 

3. Etes-vous avant tout  un journaliste ou un dessinateur ?

Je suis à la fois journaliste et dessinateur. Mais si je devais choisir un ordre de préférence, je dirais sans hésiter dessinateur en premier !


4. Siné disait en 1960, dans l’Express: « Pourquoi il ne faut pas déserter ? Parce que c’est choquant, indécent, culotté […] et puis surtout ça fait des trous dans les rangs ! ». Ma question sera la suivante : est-ce que l’on peut choisir de déserter l’actualité en tant que dessinateur ? Est-ce qu’un bon illustrateur est un illustrateur engagé ?

    L’écriture du quotidien est un travail de l’éphémère, soumis à un temps et un lieu donnés. Difficile donc de se couper de la réalité et de l’actualité !  Pourtant, je ne me considère pas pour autant comme un militant. Je préfère me tenir de l’autre côté du manche, prendre le contrepied de ce que l’on attendrait habituellement de moi.


Aurel

 

 

5. Les femmes avec humour, la naissance de votre fille avec tendresse : le choix de vos sujets et de leur traitement semblent assez vastes. Comment les choisissez-vous ?

Les femmes… c’est un peu large comme domaine, non ? A vrai dire, pour répondre à votre question, ça dépend. Certes, je dessine en prenant parfois pour appui des sujets qui me tiennent à cœur. Mais, lorsque l’illustration est une commande, je suis contraint de répondre à une attente. Et il m’est parfois arrivé de choisir un sujet que je ne maîtrisais pas : pour les éditions Nocturnes, j’avais fait 16 pages sur Django Reinhardt sans être à l’origine fan ! Concernant le livre dédié à ma fille, c’est encore autre chose : c’était un projet personnel, célébrant un événement particulier intervenu dans ma vie. Je l’ai d’ailleurs autoédité, preuve que cet ouvrage n’était pas destiné à une commercialisation.


6. Quels sont vos projets en cours ?

Du côté des livres à paraître, j’ai deux projets en cours : la sortie imminente du troisième tome de mes carnets, Targanas, pré-publié dans Politis et d’ici septembre, la publication d’une bande dessinée réalisée en collaboration avec Renaud Dély, qui était directeur-adjoint de la rédaction de Marianne. Elle s’appelle Nicolas Sarkozy et les femmes et a été  pré-publiée dans l’Echo des Savanes. Je collabore aussi avec la boîte Aquafadas, qui va lance l’idée de dessins et BD directement accessibles sur les smartphones - type Black Berry. Le projet devrait voir le jour d’ici peu. Concernant les projets hors BD, on m’a aussi contacté pour travailler sur des productions animées.


7. Dernière question : avez-vous enfin rangé votre bureau ?

(Sourire). Euh ! Non ! En fait, je le range parfois mais il est toujours en désordre à un moment ou à un autre !
 

Aurel

 

Plus de dessins et d'infos sur : http://www.lesitedaurel.com/