Gum : artiste peintre à la bombe.

Artiste montant de la scène Street Art française, Gum utilise la bombe comme une arme pour exprimer ses idées subversives. Son credo : «Fuck growing up !« Il l'explique par son refus de grandir dans une société consumériste. Son univers est très coloré, à la fois enfantin et hyper-sexué.

Sur quoi vous peignez ?

Sur de la toile et du bois. Je peins sur des rouleaux de 2 mètres. Je travaille dans mon atelier de chez moi. Il peut arriver qu'un acheteur vienne dans mon atelier.

 

 

Vous venez des Beaux-arts ?

 

On m'a refusé 3 fois des Beaux-arts alors que depuis tout petit, c'était mon rêve. Ce qui était sur le moment une défaite, s'est transformée bientôt en victoire, quelques années plus tard, parce que j'ai été lauréat de la Biennale de Naples des jeunes créateurs d'Europe en 2005 où je n'étais confronté qu'à des gens issus des Beaux-arts. J'étais le seul. J'ai vu la différence et j'ai compris pourquoi je n'avais pas été accepté aux Beaux-arts. C'est parce qu'il y a un formatage. Ils formatent les gens pour disserter sur un carré blanc. Moi, mon art est plus populaire.

 

 

Vous venez de la scène Street Art ?

 

J'ai eu ma période Street Art, vandale, mais je ne le suis plus. Je suis juste un peintre qui utilise la bombe, mais je peins dans ma chambre.

 

 

Vous peignez à la bombe ? Pourquoi ?

 

Parce que cela donne un aspect plastique, qui est très lisse, très aseptisé. Cela a son importance dans ma démarche.

 

 

Vous arrivez à être très précis ?

 

Oui, car je fabrique mes propres pochoirs, comme un puzzle que je recompose.

 

 

J'ai vu que votre univers est très coloré. Pourquoi cette importance des couleurs ?

 

A cause du monde enfantin, mais avec des messages pour adultes. C'est tout à fait ce qui se passe dans la société. Les monde de l'enfance et de l'adulte se confondent. Les jeunes veulent devenir vieux et les vieux veulent devenir jeunes. Maintenant, il y a des bonbons qui ressemblent à des drogues, et les drogues paraissent être des bonbons. Tout ca se mélange. Il y a une perte des repères, plus personne ne trouve sa place.

 

 

Quel message voulez-vous  faire passer ?

 

Ce qui pourrait définir ma démarche c'est "Fuck growing up". C'est refuser de grandir dans ce monde conditionné, aseptisé et plastifié, aux goûts superficiels qui altère tout nos sens.  Nous vivons cette boulimie plastique au sens propre comme au figuré et ce masticage indigeste de "gelatinex*" C'est le refus de grandir dans ce monde idiot et hypocrite.

 

 

A quelle époque alors auriez-vous voulu vivre ?

 

Peut-être dans les années 70. C'était pas aussi morose que maintenant. On croyez encore à quelque chose.

 

 

Je vois que vous avez customisé des planches de kitesurf**?

 

Oui j'ai travaillé pour un ami qui fabrique lui-même les planches de kitesurf.** C'étaient des pièces uniques numérotées qui valaient très chères, vendues sur le Net. Il m'a demandé de les customiser.

 

 

Vous avez été choisi par la Villa Rouge pour repeindre les toilettes de l'établissement. Qu'est-ce qui vous a fait accepter ce projet ? Vous vous y êtes pris comment  pour peindre le plafond ?

 

C'est pour mettre une petite touche de moi un peu partout. J'ai peint directement sur le papier-peint, puis j'ai découpé et collé le tout sur les murs du plafond.

 

Avez-vous exposé sur Montpellier ?

 

En fait, j'ai participer à Elan d'Art au Corum pour faire découvrir les jeunes talents. Oui j'ai exposé plusieurs fois au Corum, ce n'était pas la première fois.

 

 

Que pensez-vous du regard qu'on les gens sur votre art ?

 

Les français ne sont pas ouverts à l'Art. Le public est très dur. A l'étranger, ils sont beaucoup plus curieux et intéressés, plus sensibles à l'Art. A l'étranger, on m'a acheté quelques toiles. La dernière en date c'est quelqu'un de Munich.

 

 

Où avez-vous exposé sinon ?

 

J'ai participé au Deck’On Street Art en 2011. A Bruxelles, à Berlin au Danemark et plusieurs fois à Paris. Et il y a peu de temps, j'ai exposé à Paris dans une petite galerie La Tour du 12 janvier au 4 février 2012.

 

Que pensez-vous de la ville de Montpellier ?

 

Ce que j'aime à Montpellier, c'est la qualité de vie qu'on a ici. on est un petit village,  en province. Alors qu'à Paris, on mène une vie de fous. A côté de çà, à Montpellier il y a zéro débouché, zéro rencontre. Je ne peux pas compter que sur Montpellier pour exposer, sinon je crèverai la dalle.

Sinon, je vois bien que cela bouge pas mal au niveau de la musique et de la danse et du théâtre. Mais au niveau peinture, il n'y a pas de galerie qui expose du Street Art ici.

 

 

Vous allez à la rencontre d'autres artistes ?

 

Pas trop je suis solitaire. Je suis tombé par hasard sur cette ville. Je suis tombé amoureux dès le début. C'est pour ça que je la kiffe grave. Depuis 2000, je suis à Montpellier. J'étais venu pour faire la fête pour un week-end, et je ne suis plus reparti.

 

 

D'où vous êtes originaire ?

 

Je viens du Centre de la France.

 

 

Que voulez-vous exprimer à travers votre œuvre ?

 

Je veux parler de la société avec tous ses travers. J'ai parlé du côté plastique, aseptisé, conditionné. Il y a ce que j'appellerai le côté "Idiocracie". L'abrutissement de la conscience générale. L'abrutissement de l'intellect. Tout est prémâché, tout est prédécoupé. Il faut un mode d'emploi pour tout. On suit la mode.

 

Le syndrome du Titanic. Par là, j'entends qu'on continue à astiquer les lustres du bateau qui est en train de couler. Là c'est pareil,  on est attiré par tout ce qui est "bling bling", tout ce qui brille, qui est gonflable, qui s'envole, pendant que les bombes nous tombent sur la gueule. Chacun reste dans son monde, chacun veut avoir son Internet, son dernier objet high-tech.

Autre chose que je ne supporte pas c'est la pub Cela me sort par la tête, cela me sort par les yeux. La pub qui vous promet toujours l'impossible : extra-power, maxi fraîche, sans effort, ultra doux, ultra speed. La pub vous fait croire qu'on va tous devenir des millionnaires et avoir de super voitures.

 

Je fais tout pour éviter la publicité. Je n'écoute pas la radio, je n'ai pas la TV. Quand je la vois sur le net, je la zappe. Avec les 5 à 10 % du budget pub on pourrait régler la faim dans le monde.

Moi j'essaie d'en parler avec ironie dans ma peinture. Tout est à prendre au sixième degré. C'est juste pour jouer et faire passer le message et d'arrêter de se prendre au sérieux.

 

 

Donc vous détournez des publicités ?

 

Un petit peu. Le prochain projet que j'ai à l'esprit, c'est de travailler sur des packagings, sur des faux packagings  de chewing-gum.

 

 

Que pensez-vous de ce monde de l'argent roi ?

 

Je crache dessus. Je rêve que ce système explose. Que ce soit le chaos pour reconstruire une nouvelle société. De toute façon cela va bientôt arrivé. Ce sera la fin d'un cycle.

 

 

Donc dans votre peinture vous essayez de faire passer un message, vous tentez d'interpeler les gens?

 

Oui je veux que les gens puissent réfléchir. Comment grandir dans ce monde-là?  On courre tous après les lauriers de la reconnaissances,  alors que nous sommes que des singes endimanchés en mal de reconnaissance. En fait on reste des animaux juste bien habillés .On se comprend pas. C'est pour ça qu'il y a des guerres et que le monde marche sur la tête. Notre conscience n' a pas assez évolué pour avoir de bonnes relation ave les autres.

 

 

Avez-vous des envies particulières ?

 

Oui j'aimerais bien exposé à New-York. Ce serait ma prochaine étape. C'est vrai que là-bas, le Street Art est plus reconnu, il y a plus d'ancienneté. Le Street Art est un mouvement toujours illégal. Mais il y a des grands grapheurs.

 

*gelatinex : Une forme de plastique.

** Le kisesurf est un sport nautique de traction. On glisse sur une planche de surf de petite taille, tout en étant tracté par un cerf-volant (kite en anglais).

 

 

Pour en savoir plus sur Gum visitez sa page Facebook

ou son site web :http://x-gum.com

 

 

GumExposition La TourLa Villa Rouge customisée par GumGUM2GUM1Gum travaille à l'exposition Deck on art 2011gum_deckonstreetart_detoureexposition Idiocracy 2Exposition IdiocracyBras par GumBob l'éponge, revisité par GumGum : artiste peintre à la bombe.